Et puis, comme ça, sans qu'il s'en rende compte, une année était passée, environ 3% de sa vie, pfiou, à faire des trucs et des machins et aussi à acheter des choses qui assez bizarement ne l'avaient pas plus aidé que ça à comprendre le pourquoi du comment de ce qu'il foutait là. Et pis quoi encore?
Alors il avait décidé de parler de lui à la troisième personne comme cette vieille dans un vide grenier qui lui avait tapé sur l'épaule en lui demandant "eh alors il en a vu des Daniel Guichard dans le lot ?" mais non il en avait pas vu et pourtant il en avait vu des merdes, des Frédéric François, des François Valery et des Jean Pierre François, des tas de 45 avec du François à l'intérieur et qui avaient fait le bonheur d'une oreille influencable il y a si peu.
Des François, il se rappelait particulièrement Jean Pierre et son long manteau en cuir doublé d'animal mort dans de fructueuses douleurs, sa mercedes aussi grosse que cubique avec des phares comme des pastèques mais des pastèques carrées, on n'a qu'à dire que ça existe et si ça n'existe pas ça existera un jour tu peux le croire et il se demandait ce qu'il était devenu le Jipé et qui prendrait sa place dans les vides greniers des années 2030, quand il serait un peu moins frais et qu'il s'approcherait d'un jeune con en lui demandant "eh alors, il en a vu des Christophe Maé dans le lot ?".
Il en aurait probablement vu plein. Et puis, découragé par le besoin de trouver une transition qui collerait à peu près, il aurait juste dit qu'il était allé en Chine faire le sus documentaire et qu'il avait adoré faire ça. Et qu'il avait aimé les gens aussi.